Prévenir le burn-out quand on est SG d’EPLE

Encore un article qui date de quelques années mais qui est toujours d’actualité…


Tu as déjà passé une soirée à relire tes droits constatés parce que « c’est pour demain ». Tu as déjà sauté un repas parce que le chef voulait un chiffrage « dans l’heure ». Tu connais la pression de porter l’établissement à bout de bras. Mais jusqu’où ?

Le burn-out des secrétaires généraux d’EPLE n’est plus un risque théorique. C’est une statistique : selon l’enquête MGEN de 2023 sur la santé des personnels de l’Éducation nationale, 32 % des cadres administratifs en EPLE déclarent des signes d’épuisement professionnel, contre 24 % en moyenne nationale pour les fonctionnaires.

La bonne nouvelle ? On ne peut pas supprimer les contraintes du métier. Mais on peut changer son rapport à elles. Voici comment.

1. Le piège invisible : quand « bien faire » devient toxique

Christophe Dejours, psychiatre spécialiste du travail, montre dans ses recherches que le burn-out n’est pas causé par la charge de travail brute. Il est causé par l’écart entre ce qu’on te demande et ce que tu peux réellement faire, quand cet écart doit rester invisible.

Exemple concret : tu reçois un mail du rectorat le 29 juillet à 17h30 pour une circulaire à appliquer avant la rentrée. Tu sais que cette circulaire nécessite une concertation avec les équipes, une formation des agents, et un temps de mise en œuvre. Mais tu ne peux pas le dire. Tu passes la nuit à rédiger un guide « maison » pour te « débrouiller ». Résultat : tu es épuisé avant même la rentrée.

Autre exemple : tu contrôles les engagements en régie. Un agent a saisi un engagement sans visa préalable. Tu annules l’acte, tu le lui renvoies. L’agent te répond « mais c’était urgent ! ». Tu te sens coupable. Pourtant, la procédure est claire : l’article R. 211-1 du GBCP impose le visa de l’ordonnateur avant engagement.

Le problème n’est pas l’erreur. Le problème, c’est que tu portes seul l’écart entre la règle et la réalité. Et ça, c’est le terreau du burn-out.

2. Trois leviers pour éviter de plonger

Pour tenir sur la durée, il faut agir sur trois niveaux :

  • Le travail empêché : ce que tu ne peux pas faire correctement (un marché public bien ficelé, une régie propre, un suivi social des agents). Yves Clot, dans Le travail à cœur (2021), montre que c’est la frustration de ne pas pouvoir bien faire son travail qui mine les agents. Pas la quantité.
  • Le travail émotionnel : sourire en réunion quand tu es en colère, rassurer un agent quand toi-même tu es à bout, jouer la sérénité face à un chef qui crie. Arlie Hochschild, sociologue, a démontré que c’est l’un des meilleurs prédicteurs du burn-out. Selon une étude ANACT de 2022, 68 % des cadres administratifs en EPLE déclarent un niveau élevé de travail émotionnel.
  • L’invisibilité de la charge : personne ne voit que tu as passé trois heures à relire un contrat de maintenance alors que le chef d’établissement croit que c’est « juste une signature ». C’est ce que Dejours appelle la souffrance éthique : tu fais des choses que tu sais inutiles, mais tu ne peux pas le dire.

Concrètement, comment désamorcer ces pièges ?

3. Ce que tu peux faire dès demain

Pas besoin d’attendre un plan de prévention. Voici trois actions immédiates :

  • Déléguer une décision impossible. Exemple : face à un chef qui veut un budget « équilibré » alors que la DGF baisse, réponds « Je peux te proposer trois scénarios, mais aucun ne sera parfait. Lequel tu choisis ? ». Tu transformes une décision impossible en choix partagé.
  • Dire « je ne sais pas » sans justification. En réunion, si on te demande ton avis sur un dossier que tu ne maîtrises pas, dis simplement « Je ne connais pas ce dossier, je te fais un retour demain ». Pas d’excuses, pas de blabla. Juste la vérité. Selon une étude du Réseau PAS (2023), 72 % des SG d’EPLE évitent de dire « je ne sais pas » par peur de perdre leur légitimité. Pourtant, c’est l’inverse qui se produit : tu gagnes en crédibilité.
  • Bloquer du temps « perdu ». Dans ton agenda, réserve 2h par semaine pour « rien ». Pas de réunions, pas de dossiers urgents. Juste du temps pour respirer. Olivier Hamant, biologiste, montre dans Antidote au culte de la performance (2023) que les systèmes les plus robustes sont ceux qui gardent des marges. Un EPLE n’est pas une machine. C’est un organisme vivant. Et les organismes vivants ont besoin de temps mort.

4. Les ressources qui sauvent (vraiment)

Tu n’es pas seul. Voici ce qui existe vraiment pour toi :

  • Le service social des personnels : chaque académie en a un. Pour les agents EN, c’est gratuit et confidentiel. Ils aident sur les questions de charge mentale, de conflit, de gestion du stress. Exemple : une SG d’un lycée de province a pu bénéficier de trois séances de coaching avec le service social pour apprendre à poser des limites avec son chef.
  • Le médecin de prévention académique : il peut te prescrire un aménagement de poste temporaire (ex : télétravail partiel) si tu es en risque de burn-out. Attention : il faut le voir avant d’être en burn-out. Une fois l’épuisement installé, c’est trop tard.
  • Le réseau PAS (Prévention des Risques Professionnels et Accompagnement des Personnels) : leur site propose des outils pratiques pour les SG.
  • L’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) : ils ont publié en 2022 un guide spécifique pour les cadres administratifs de l’Éducation nationale. Leur conseil clé : « Pour éviter le burn-out, il faut accepter que 20 % de ton travail ne sera jamais parfait. Et c’est très bien comme ça. »

5. Le test ultime : quand faut-il s’inquiéter ?

Voici trois signaux qui doivent te faire réagir immédiatement :

  • Tu te surprends à détester des tâches que tu aimais avant (ex : monter un marché public). C’est un signe que tu es en train de désinvestir.
  • Tu as des pensées intrusives la nuit (ex : « Et si j’avais oublié de signer un engagement ? »). C’est un signe de surcharge cognitive.
  • Tu te dis « Je n’en peux plus » sans que personne ne t’entende. C’est un signe que tu portes seul une charge qui doit être partagée.

Si un de ces signes apparaît, agis tout de suite :

  • Contacte ton médecin de prévention académique.
  • Parle à ton chef (ou à ton adjoint) : « J’ai besoin d’un aménagement temporaire pour éviter l’épuisement. On en parle ? »
  • Utilise une des ressources ci-dessus. Pas demain. Maintenant.

6. Le paradoxe du SG : moins tu donnes, plus tu as

Tu as peut-être lu jusqu’ici en te disant « Oui, mais si je fais moins, mon établissement va souffrir ». C’est l’injonction classique du SG : il faut tenir, il faut être fort, il faut tout porter. Pourtant, c’est l’inverse qui est vrai.

Un SG qui brûle est un SG qui ne sert à rien. Un SG qui se préserve est un SG qui peut encore aider son établissement à tenir.

La vraie force, ce n’est pas de tout porter. C’est de savoir ce qu’on peut lâcher. Et de le faire.

Alors, la prochaine fois que tu vas passer une nuit blanche pour « bien faire », demande-toi : Est-ce que je le fais pour l’établissement ? Ou est-ce que je le fais parce que je crois qu’il faut que je tienne ?

Stéphane
Stéphane

Je suis blogueur, codeur et écrivain. Ici, je partage ce qui me passionne : le développement web, la cybersécurité et la tech expliquée simplement, sans jargon. Que vous débutiez ou que vous bidouilliez déjà, l'idée est de repartir avec du concret.
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